Le Fils Prodigue

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Le Fils Prodigue   d’après la parabole Luc 16, 15-32

 

Un matin, je me souviens,

lorsque tu as ouvert la porte,

je n’ai pas reconnu ton visage.

 

Tu portais sur les traits cette fougue,

cette apparente assurance

de celui qui a grandi,

qui est prêt à vivre sa vie…

mais tu portais en même temps,

cette sourde révolte, cette folle tempête

qui te faisaient , avant l’heure,

réclamer ta part.

 

Pour vivre « ta » vie,

tu avais besoin, te semblait-il

de « mes » biens.

Et sans sourciller, tu te conduisais

comme si j’étais déjà mort.

 

J’aurais pu refuser, j’aurais pu te renier…

Je t’ai, t’en souviens-tu, simplement regardé.

Mais pouvais-tu me voir alors,

Caché derrière ton masque,

Aveuglé, figé dans le désir de me dépouiller,

au nom-même de la justice.

N’était-ce pas « ta » part !

Et tu es parti, sans te retourner.

 

Les semaines, les mois ont passé.

Chaque jour et chaque nuit même,

je scrutais l’horizon, me demandant si je te reverrais.

Les nouvelles de l’étranger n’étaient pas bonnes

et je tremblais de ta faim, de ton froid possibles.

Tu m’avais peut être oublié

moi, je ne t’oubliais pas.

 

Et les jours s’enfilaient aux jours

en un pesant collier.

Un jour, j’ai crains encore plus.

J’ai crains…

cet orgueil insensé de la jeunesse

qui ne veut pas capituler…

Et si tu n’osais plus rentrer.

 

Alors j’ai commencé par faire un pas, puis un autre,

jusqu’à ce matin où mes yeux fatigués,

presque usés de scruter l’horizon

t’ont deviné.

 

Malgré mes années, j’ai couru vers toi,

O mon fils !

 

 

Quelle joie quand tu es venu t’ancrer en moi

comme un navire enfin au port.

Je t’ai regardé… de mes mains.

Elles ont scruté ton visage.

Tu n’avais plus ton masque et les dernières écailles

qui te dissimulaient la lumière se sont éparpillées.

 

O mon fils, mon petit, mon amour !

Tu étais REVENU.

Enfin, de nouveau, je pouvais être PERE,

mes deux enfants à mes côtés.

 

Mais… je ne savais pas

que celui qui était resté

avait autant de mal à te pardonner.

Ecoute, toi aussi,

toi mon fils pareillement.

 

Jusqu’à ce matin, tu avais ton beau visage

et puis te voilà à ton tour aveuglé par tes rages.

« Je ne t’ai jamais rien donné » dis-tu.

Mais tout était à toi.

Tu pouvais demander

et même tout à ton gré en profiter…

et tu l’as fait… souvent… sans t’an apercevoir.

 

C’est vrai ce n’est pas toi

qui a usé mes yeux,

puisque tu étais là,

à portée de bras.

Et maintenant tu es jaloux !

 

Approche,

Laisse-moi t’enlever ce masque

qui te va si mal.

Laisse moi te débarbouiller

Comme lorsque tu étais petit

et que je plongeais mon regard dans le tien.

Tu te souviens ?

 

Tu te débats aujourd’hui dans l’envie et la haine,

demain tu sauras mieux,

combien je vous aime TOUS LES DEUX.

 

Je voudrais que tu saches

que celui que l’on fête aujourd’hui

ne peut-être « MON » FILS comme tu dis,

que si tu acceptes qu’il soit d’abord

« TON » FRERE.

 

                                             Marie Françoise DESMOND


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